Blog

L’IoT connecte le monde !

Entretien avec Benoît Andrade, Directeur-Associé du Cabinet Arrowman Executive Search

Propos recueillis par Olivier Durand

smart industry

Les objets connectés se déploient dans tous les secteurs.  Ils concernent aussi bien le monde de l’industrie que les biens destinés aux particuliers. Les chiffres en témoignent, selon le Cabinet Gartner, il y avait 20 milliards d’objets connectés dans le monde en 2017, il y en aurait 75 milliards d’ici 2025. Mais commençons par le début qu’est-ce que l’Internet des Objets au juste?

« Il s’agit de l’univers des objets physiques connectés entre eux et qui apportent de l’intelligence. Ils ont la capacité de prendre des initiatives en toute autonomie sans intervention humaine. Ils communiquent les uns avec les autres et facilitent l’aide à la décision en remontant des informations en live».

Où trouve-t-on de l’Internet des Objets ?

« Partout où il y a des applications possibles. En domotique, l’IoT recouvre tous les appareils électroménagers communicants, les compteurs intelligents, les détecteurs de présence ou de fumée et les capteurs. Par exemple, un détecteur connecté a les moyens d’informer un centre de supervision que sa batterie est sur le point de s’épuiser. Envoyer des messages, alerter, relève du monde de l’IoT. Ce système qui rend les produits configurables, paramétrables, les place, de fait, au cœur d’une solution avec de la supervision, de la maintenance, des possibilités d’amélioration, nous entrons dans la notion de service et cela crée de la valeur économique.

Dans le monde de l’industrie, les équipementiers aéronautiques conçoivent et construisent des moteurs d’avions civils bardés de capteurs, qui en temps réel et en continu, pendant toute la durée des vols, transmettent des informations à la fois aux services techniques des compagnies mais aussi aux constructeurs. Parce que des algorithmes ont défini au préalable les paramètres de fonctionnement normalisés pour chaque phase du vol, une information relayée qui sortirait du cadre prédéfini, pourrait signifier la présence d’une défaillance potentielle qui générerait une action de maintenance préventive, une intervention judicieuse et non systématique ».

Tous les secteurs de l’économie sont-ils concernés par l’IoT ?

« A ce jour, je dirai que c’est plutôt l’industrie qui en tire profit, notamment grâce à « l’usine 4.0 ». C’est un écosystème qui fait intervenir du hardware, du software, des télécommunications et des bases de données. Les systèmes de production entièrement automatisés et connectés communiquent les uns avec les autres. C’est cette communication qui constitue le cœur de l’usine 4.0. Toute la chaîne de production fonctionne sans intervention humaine, depuis l’introduction de la matière première jusqu’à l’emballage et le stockage du produit ».

A quels enjeux humains sont confrontées les entreprises qui se lancent dans l’IoT ?

« En matière d’IoT, parce que les projets sont complexes, ils impliquent l’ensemble des métiers de l’entreprise, la production, la maintenance, la logistique, le commercial…, bref, tout le monde doit parler avec tout le monde. Ce sont des projets structurants qui imposent une collaboration ouverte, le partage et la diffusion de l’information. Ils remettent ainsi en cause l’organisation originelle de l’entreprise obligée d’évoluer vers une structure transversale moins hiérarchique ».

Selon International Data Corporation, le volume des données générées par l’IoT double tous les deux ans et dépassera les 40.000 milliards de giga-octets d’ici à 2020 dans le monde. Des milliards d’informations recueillies et stockées mais pour quel usage ?

« Le Big Data, bouscule le fonctionnement des entreprises et leur pratique du business par la quantité énorme des données générées, leur rapidité de renouvellement dans un univers de plus en plus connecté et par la multiplicité des formats gérés: numérique, texte, son et image. L’enjeu qui est double, réside dans la qualité du stockage des données et de leur sécurisation ainsi que dans l’étude et l’analyse que l’on peut en faire pour en tirer des enseignements, et du coup, prendre des décisions pertinentes.

Usage interne du Big Data

Il met en lumière les performances de chacun et la consolidation des informations permet de définir plus finement les éventuelles faiblesses des chaînes de production.

Usage externe du Big Data

Il permet d’anticiper les attentes des clients ou aider à fixer le prix juste d’un nouveau produit. Mais, je tiens à souligner que le Big Data crée peu voire pas d’intelligence en soi, il ne produit que des informations brutes.  C’est à l’entreprise qui en dispose de savoir structurer les informations par rapport à ses réflexions et… à condition de disposer des compétences humaines pour le faire ».

Du coup, sur quels métiers spécifiques s’appuyer pour développer des projets en IoT et retirer de la valeur des données récoltées ?

« Pour tirer de la valeur de ses données collectées, l’entreprise doit recruter trois types de profils, le Directeur de Projet, le Data Scientist et le Data Manager.

Le Directeur de Projet, pilote celui-ci dans son intégralité, et possède obligatoirement une vision globale. Charismatique il a l’aptitude de faire en sorte que tout le monde travaille dans la même direction, ses compétences qui relèvent autant des « télécoms » que de la data, le mettent en position d’être le garant du respect des objectifs.

Le Data Scientist utilise la puissance de calcul de données et modélise des algorithmes pour répondre à un besoin concret.  C’est un métier complexe qui nécessite un solide bagage scientifique, la maîtrise des méthodes d’analyses de données et de l’informatique. Il doit aussi bien cerner les métiers de son entreprise pour proposer des solutions efficaces. D’ailleurs dans ce métier la tendance actuelle est de se spécialiser par secteur d’activité. C’est un métier particulièrement recherché, et la pénurie de compétence en ce domaine est un frein au développement des projets.

Quant au data manager, il veille à s’assurer de l’opérationnalité et de la disponibilité des données mais pas uniquement. Son rôle consiste également à structurer et analyser les données  pour qu’elles apportent des informations plus fines et qu’elles facilitent la  prise de décision.  Le data manager doit ainsi dialoguer avec l’ensemble des services de l’entreprise ».

Une dernière question, le Big Data impacte-t-il votre métier de chasseur de tête ?

« Le Big Data répond déjà à une partie du besoin en matière de recrutement car il fiabilise et réduit la durée du sourcing (identification des profils). Mais le rôle de la machine s’arrête là pour le moment en tous les cas. Le temps gagné à chercher les candidats, permet au consultant de se concentrer sur l’essentiel, à savoir la rencontre et les entretiens. Car la machine ne pose pas encore les questions ! Comprendre les besoins de nos clients, saisir la personnalité des candidats, l’ordinateur ne sait pas le faire. L’enjeu du recruteur que je suis est d’arriver à déterminer comment se comportera le candidat une fois en poste. L’usage du « serious game » pourra être, à mon sens, une réponse à cette question, en mettant le candidat en situation au travers d’un cas pratique pour déterminer son profil et son adéquation au poste pour lequel il postule ».